• Faits marquants

La Prise de la Bastille : fierté nationale ?  

En juillet 1789, la plupart des gens s’enfermaient chez eux. « La vermine » prenait le pouvoir dans les rues, envahit l’hôtel de ville, fit fuir la police et libéra les prisonniers.

Le 14 juillet, une foule se rassembla place des Invalides et fut menée par le Duc d’Orléans et de son groupe qui s’assura de leur concours en donnant leur 10 francs pour marcher jusque la Bastille, considérée par la rumeur comme une prison politique.

La rebellion y trouva un stock d’armes. Lorqu’elle fut prise, elle n’y trouva que 7 prisonniers : 4 fraudeurs, 2 malades mentaux, et un sadique adepte du marquis de Sade…  

                               

 Le jour de la défaite de Robespierre, Barras fut désigné pour lui  succéder et devint le Général des Forces de Paris, Président de l’Assemblée nationale et des deux Comités.

Il termina sa première journée par la visite de la tour du Temple et de ses geôles et ordonna le nettoyage de la chambre de Louis XVII, une visite du Docteur Desault (qui mourut subitement avec d’autres de ses proches confrères), exigea des sorties régulières pour le Roy et réprimanda les gardiens.

Barras compris tout de suite l’enjeu que représentait Louis XVII (vivant…).  

En tant que Roy, il était voulu par les Vendéens, ses principaux partisans, par la famille royale d’Autriche, puisqu’il était de leur sang de par sa lignée maternelle, par la famille royale d’Espagne, qui convoitait le trône de France et par les révolutionnaires, car ils s’étaient faits ennemis du Roy.

Ainsi, Louis XVII constituait une incroyable monnaie d’échange vis-à-vis des différents pouvoirs politiques en France, mais aussi en Europe…

Le jeune Roy s’échappa de sa cellule avec l’aide de son nouveau gardien, nommé par Barras (sur proposition de son secrétaire, Borot).

Madame Atkins, une amie de Marie-Antoinette a beaucoup investie pour rester informée de la situation. Elle utilisait notamment deux espions à temps plein.

Le 31 octobre 1794, elle reçut une lettre de son agent Cormier, à Paris, dans laquelle il est écrit :

En fait, Laurent avait caché l’enfant Roy au quatrième étage, dans un garde-meuble, car Barras n’avait pas encore trouvé comment le sortir du Temple.

Il a été retrouvé une lettre en date du 7 novembre 1794, vraisemblablement écrite par Laurent, et publiée par L’historien Bourbon-Leblanc :

Votre lettre du 6 m’est arrivée trop tard car votre premier plan a déjà été exécuté, car il était trop tard. Demain, un nouveau gardien doit entrer en fonction : c’est un républicain nommé « Gommier », brave homme à ce que dit B… Mais je n’ai aucune confiance en de pareilles gens. Je serai bien embarrassé pour faire passer de quoi vivre à notre P… (Prince). Mais j’aurai soin de lui et vous pouvez être tranquille. Les assassins ont été fourvoyés, et les municipaux ne se doutent point que le petit muet a remplacé notre D… (Dauphin).

Maintenant, il s’agit seulement de le faire sortir de cette maudite tour, mais comment ? B… m’a dit qu’il ne pouvait rien entreprendre à cause de la surveillance. S’il fallait rester longtemps, je serais inquiet de sa santé, car il y a peu d’air dans son oubliette, où le bon Dieu même ne le trouverait pas s’il n’était pas tout-puissant. Il m’a promis de mourir plutôt que de se trahir, j’ai des raisons pour le croire. Sa sœur ne sait rien, la prudence me force de l’entretenir de notre petit muet comme s’il était son véritable frère. Cependant, ce malheureux se trouve bienheureux, et il joue, sans le savoir, si bien son rôle, que la nouvelle garde croit parfaitement qu’il ne veut pas parler : ainsi il n’y a pas de danger.

Renvoyez bientôt le fidèle porteur car j’ai besoin de votre secours. Suivez le conseil qu’il vous porte de vive voix car c’est le seul chemin de notre triomphe.

Tour du Temple. Le 7 novembre 1794. L. »  

Laurent s’était trompé sur un détail, ce n’était pas Gommier mais Gommin. Il n’avait entendu son nom qu’une seule fois et ne l’avait pas encore rencontré.

A la mi-novembre, Madame Atkins reçut une autre lettre, cette fois de son admirateur le Chevalier Louis de la Frotte :

« Tout est fini, tout est arrangé, en d’autres mots, je vous donne ma parole que le Roi et la France sont sauvés. Toutes les mesures ont été prises. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment. »

En décembre une délégation de la Convention, composée de Harmand e la Meuse, de Reverchon et de Mathieu, vint contrôler l’état des enfants et la façon de laquelle ils étaient traités.

Harmand de la Meuse écrivit notamment dans son rapport suivant :

Pendant que je lui adressais cette petite harangue, il me regardait fixement, sans changer de position, et il m’écoutait avec l’apparence de la plus grande attention, mais pas un mot de réponse.

Alors je repris mes propositions comme si j’eusse pensé qu’il ne m’avait pas entendu, et je la lui particularisai à peu près de cette manière :

  • Je me suis peut-être mal expliqué, ou peut-être ne m’avez-vous pas entendu, Monsieur, mais j’ai l’honneur de vous demander si vous désirez un cheval, un chien, des oiseaux, des joujoux de quelque espèce que ce soit, un ou plusieurs compagnons de votre âge que nous vous présenterons avant de les installer près de vous. Voulez-vous dans ce moment descendre dans le jardin ou monter sur les tours ? Désirez-vous des bonbons, des gâteaux ?

J’épuisai en vain toute la nomenclature des choses qu’on peut désirer à cet âge. Je n’en reçus pas un mot de réponse, pas un signe, ni un geste, quoiqu’il eût la tête tournée vers moi et qu’il me regardait avec une fixité étonnante qui exprimait la plus grande indifférence.

Alors, je me permis de prendre un ton un peu plus prononcé et j’osai lui dire :

  • Monsieur, tant d’opiniâtreté à votre âge est un défaut que rien ne peut excuser. Elle est d’autant plus étonnante que notre visite, vous le voyez, a pour objectif de vous apporter quelque adoucissement à votre situation, des soins et des secours à votre santé. Comment voulez-vous qu’on y parvienne si vous refusez toujours de répondre et de dire ce qui vous convient ! Est-il une autre manière de vous le procurer ? Ayez la bonté de nous le dire, nous nous y conformerons.  

Toujours le même regard fixe, et pas un seul mot. Je repris :

  • Si votre refus de parler, Monsieur, ne compromettait que vous, nous attendrions, non sans peine, parce que nous devons en conjoncturer que votre situation vous déplaît moins sans doute que nous le pensions puisque vous ne voulez pas en sortir. Mais vous ne vous appartenez pas ; tous ceux qui vous entourent sont responsables de vous et de votre état ; voulez-vous les compromettre ? (…)

Pas un mot, et toujours la même fixité. J’étais au désespoir et mes collègues aussi ; ce regard surtout avait un tel caractère de résignation et d’indifférence qu’il semblait nous dire : « que m’importe, achevez votre victime ! »

Je le répète, je n’en pouvais plus ; mon cœur se gonflait et j’étais prêt à céder aux larmes de la plus amère douleur ; mais quelques pas que je fis dans la chambre me remirent et me confirmèrent dans l’idée d’essayer du commandement ; ce que je tentai en effet en me plaçant tout près et à la droite du Prince et en lui disant :

  •    Monsieur, ayez la complaisance de me donner la main.

Harmand de la Meuse poursuit ainsi le rapport de son entretien avec l’enfant. Il y précise que l’enfant « a le maintien du rachitisme et d’un défaut de conformation ».

Pas une fois pendant l’entretien l’enfant ne parla.

Harmand de la Meuse termine son rapport ainsi :

« et il mangea sans rien dire… « En désirez-vous encore ? » Point de réponse.

  • Voulez-vous bien monsieur que nous nous retirions ? Point de réponse. Cela dit, nous sortîmes…

Une seconde lettre signée « L. » en date du 5 février 1795, a également été publiée par l’historien Bourbon-Leblanc :

« Mon Général,

Je viens de recevoir votre lettre. Hélas ! Votre demande est impossible. C’était bien facile de faire monter la victime, mais la faire descendre actuellement est hors de notre pouvoir, car la surveillance est si extraordinaire que j’ai cru d’être trahi. Le Comité de Sûreté Générale avait, comme vous savez, déjà envoyé les monstres Mathieu et Reverchon, accompagnés de H… de la Meuse, pour constater que notre muet est véritablement le fils de Louis XVI.    

Général, que veut dire cette comédie ? Je me perds et je ne sais plus que penser de la conduite de B… Maintenant, il prétend de faire sortir notre muet et le remplacer par un autre enfant malade. Etes-vous instruit de cela ? N’est-ce pas un piège ? Général, je crains bien des choses, car on se donne bien des peines pour ne laisser entrer personne dans la prison de notre muet, afin que la substitution devienne ne devienne pas publique ; car si quelqu’un examinait bien l’enfant, il ne lui serait pas difficile de comprendre qu’il est sourd de naissance et par conséquent, naturellement muet. Mais substituer encore un autre à celui-là ! L’enfant malade parlera et cela perdra notre demi-sauvé et moi. Renvoyez le plus tôt possible notre fidèle et votre opinion par écrit.

Tour du Temple, 5 février 1795. L. »

Puis une 3e lettre parut en mars :

« Mon Général,

Notre muet est heureusement transmis dans le palais du Temple et bien caché ; il restera là et, en cas de danger, il passera pour le Dauphin. A vous seul, mon Général, appartient ce triomphe. Maintenant, je suis tranquille : ordonnez et je saurai toujours obéir. Lasne prendra ma place quand il voudra. Les mesures les plus sûres et les plus efficaces ont été prises pour la sûreté du Dauphin ; conséquemment, je serai chez vous en peu de jours pour vous dire le reste de vive voix.

Signé L., Tour du Temple, le 3 mars 1795. »

Il a été retrouvé un autre document décrivant un rendez-vous au Directoire. Le document qui le décrit est soutenu par l’historien Lenotre.

Il a rassemblé les 5 directeurs du Directoire : Barras, La Revellière-Lépeaux, Letourneur, Carnot et Reubel.

L’enlèvement de Louis XVII fut le principal sujet et en parlèrent comme d’un plan approuvé et un fait établi.

Ils discutèrent également de Petitval, l’un banquier du Roy, qui avait soutenu la famille royale de ses fonds contre Robespierre et qui était encore à ce moment-là au service de Louis XVII.

L’idée était de le refugier dans son château de Vitry-sur-Seine.

Le 21 avril 1796, une bande de révolutionnaire attaqua le château. Petitval eut la nuque brisée, sa belle-mère décapitée, et quatre autres femmes furent tailladées à mort au sabre. Ils ne volèrent rien.

Mort(s) étrange(s)

Le Docteur Thierry était le médecin officiel de la prison du Temple. C’était lui qui assurait le suivi sanitaire de Louis XVII en 1793 et 1794.

Mais bien qu’encore en fonction, un autre médecin fut nommé pour l’enfant, puis une série d’autre médecins furent missionnés successivement, se remplaçant les uns les autres…

Le 31 mai 1795, le Docteur Joseph Desault reçut l’ordre d’aller consulter le garçon au Temple.

C’était le quatrième ou le cinquième médecin qui se voyait confier la santé du jeune Roy en 3 ans d’incarcération.

Il l’avait déjà vu auparavant et ne le reconnaissait pas.

Le même jour, il adressa le rapportn°263 au Comité du Salut Public qui accusa réception.

Deux membres du comité invitèrent le Docteur Desault à dîner. A la suite de cette soirée, il fut pris de violentes nausées et mourut le lendemain.

Il eut néanmoins le temps de parler à son épouse et de son meilleur ami, le Docteur Chopart, de son entretien avec l’enfant du Temple.

Nous disposons également du témoignage de sa nièce, Madame Thouvenin, qui confirme l’existence du rapport, de son contenu, ainsi que du dîner.

La version officielle est que le Docteur Joseph Desault est mort de maladie. Au jour d’aujourd’hui, personne n’a pu identifier cette maladie qui tue en 12 heures. On sait toutefois qu’il ne ‘agissait ni d’une crise cardiaque, ni d’une attaque.

Un empoisonnement à la digitale est l’hypothèse privilégiée.

Aujourd’hui, les différentes études menées, y compris celles impliquant des praticiens modernes, n’expliquent toujours pas cette mort. Surtout, que le Docteur Desault ne fut pas le seul médecin à mourir à ce moment là.

Le Docteur Valetin, connaissait bien les médecins Chopart, Doublet et Desault. Et avait coutume d’adresser régulièrement des rapports au gouvernement britannique. Celui de cette affaire fut portée à la connaissance de l’historien Eckhart, durant la Restauration. Voici ce que Valetin écrivit :

« Les Docteurs Doublet et Chopart, tout comme Desault, sont morts dans les 4 jours ; il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une nouvelle façon de signifier un mandat d’arrêt utilisée par les Comités. »

Le Docteur Abeille, élève du Docteur Desault, rejoignit précipitamment les Etats-Unis, et écrivit en 1817 pour l’American Bee un article sur cette mort.

Il aborda également les raisons de sa fuite et ses craintes de mourir comme son mentor car il connaissait la vérité sur Louis XVII.

A la Restauration, l’historien Eckhart rapporte :

« Les Docteurs Doublet et Chopart (élève du Dr. Desault), tout comme Desault, sont morts dans les quatre jours ; il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une nouvelle façon de signifier un mandat d’arrêt utilisée par les Comités. »